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Concours d'entrée à l'ENS : Des enseignants accusent la direction de vendre des places.
Publié le : 31 mai 2018 par Elysée Yao

La direction générale et les enseignants de l'Ecole normale supérieure d'Abidjan (Ens) ne sont plus sur la même longueur d'onde.
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Depuis quelques mois, les deux parties ne s'accordent plus sur le processus d'accès à cette école prestigieuse. La crise est si profonde, que le linge sale n'a pu se laver en famille. Il (linge sale) a été déversé en vrac, depuis lors, sur la place publique, et chaque partie tire le drap de son coté. Dans une déclaration des enseignants, dont nous avons reçu copie, depuis une semaine, ils pointent un doigt accusateur vers le directeur général (Dg) de l'Ens, Valy Sidibé, et l'accusent d'être à la base de tous les maux qui minent cet établissement d'excellence. De fait, dans le document reçu, les enseignants soutiennent que l'Ens, la seule institution chargée jusque-là de former le personnel enseignant et d’encadrement pour le secteur secondaire du système éducatif ivoirien, est en proie, depuis cinq ans, à des ''pratiques scandaleuses et inacceptables''.
Celles-ci, si on s'en tient à la teneur de la déclaration, ne sont nullement du ressort des enseignements, mais de celui de l’équipe dirigeante actuelle de l'école. Selon les explications contenues dans le document, l’effectif des étudiants de l’Ens, dans les différentes filières à savoir : Mathématiques, Physique-Chimie, Lettres Modernes, SVT, Histoire-Géographie, Philosophie, Anglais, Espagnol, Allemand et Science de l’Education, provient des résultats d’admission définitive du concours direct organisé chaque année à l’échelle nationale. Les critères scientifiques et de mérite étaient, précisent les enseignants, l’unique voie d’accès à cette école d'élite. La chance était donc donnée à tous les candidats, quelle que soit leur origine sociale ou régionale. ''Malheureusement, ceux qui sont aujourd’hui à la tête de cette institution, au lieu de suivre le louable exemple de leurs prédécesseurs, en mettant l’accent sur la qualité dans le recrutement, se comportent comme de véritables hommes d’affaires, en privilégiant le critère du plus offrant d’argent pendant le déroulement du concours direct d’entrée à cette institution'', font-ils remarquer. Le choix fondé sur les critères scientifiques et de mérite, opéré par les enseignants au terme des corrections générales des épreuves d’admissibilité ou d’admission définitive, mentionne la déclaration, n’est plus respecté. « Tout est minutieusement organisé dans l’opacité la plus totale, au profit des listes de candidats déjà préétablies. Dès le lancement du concours, les places octroyées, en fonction des besoins exprimés par l’Etat, sont par anticipation vendues et achetées. Des montants astronomiques allant de 2 à 2,5 millions de F Cfa sont payés par candidat », ont dénoncé les enseignants dans le document. A cette situation, renseignent-ils, s’ajoutent aussi d’autres listes de candidats, établi soigneusement dans des officines ou dans certains ministères.
« Celles-ci sont directement validées sans savoir même si ces candidats ont le profil et le niveau scientifique pour embrasser la carrière d’enseignant. Pour réussir cette juteuse opération financière, la direction de l'Ens procède par une stratégie qui consiste à prendre uniquement l’argent des candidats essentiellement issus de la région du grand Nord du pays », indiquent les enseignants. Pour eux, cette école supérieure d'élite est en train de mourir progressivement. C'est donc pour crier leur ras-le-bol, qu'ils ont décidé de mettre le pied dans le plat. Ils pensent que ce n'est pas normal d’arracher à un enfant, son succès ou son mérite. « Comment au terme d’un concours national, 98℅ des candidats déclarés admis peuvent être issus d’une seule région du Nord ? », s'interrogent-ils. « Le concours direct d’entrée à l’Ens est-il un concours régional ou national ? », se demandent avec amertume les enseignants.
« Si le père de la Nation, feu Félix Houphouët-Boigny, avait instauré la discrimination dans le système éducatif ivoirien, certains ne seraient pas devenus aujourd’hui des docteurs, professeurs titulaires, directeurs ou ministres », ont-ils dit. Pour eux, cela suffit! L'école ivoirienne ne doit plus être ni un lieu d’enrichissement personnel ni de discrimination, mais un lieu de vérité scientifique. « Tout ce que disent les enseignants n'est que de la médisance », rétorque-t-o, du coté de la direction générale de l'Ens. A en croire Keïta Moussa, le responsable de la communication, les 12.000 candidats admis cette année 2018 aux différents concours de l'Ens, ne sont pas uniquement issus du grand Nord. « Les fichiers dont nous disposons peuvent éclairer la lanterne de tous les Ivoiriens. En plus, personne n'a payé de l'argent pour se retrouver sur la liste des admis », a clarifié le responsable de la communication.
Mieux, Keïta Moussa a expliqué qu'avant la nomination de Valy Sidibé à la tête de cette école d'excellence, l'ancien ministre Cissé Bacongo avait déjà supprimé l'oral qui était une matière phare pour le second tour des différents concours. Car, il s'est rendu compte que c'était un lieu de marchandage pour les enseignants. Depuis donc, ces derniers ruminent et veulent se trouver des boucs émissaires.
Elysée YAO
Code : Ens Candidat voir photographe
Photo : D'archives
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Elysée Yao
Journaliste Reporter
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