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Démission de Tidjane Thiam de la direction de Credit Suisse / Un analyste révèle : «Les gens l'auraient fait tomber d'une manière ou...

Publié le : 10 février 2020 par Elysée Lath

«Les gens brillants comme Tidjane Thiam ne se plaisent pas à faire carrière dans un seul univers», selon Sylvain N'guessan.

«Les gens brillants comme Tidjane Thiam ne se plaisent pas à faire carrière dans un seul univers», selon Sylvain N'guessan.

Jusqu'à quelques heures de la tenue du conseil d'administration de Credit Suisse, jeudi 6 février 2020, certains observateurs de l'actualité, notamment en ce qui concerne la deuxième banque de Suisse, espéraient que le désormais ex-directeur général de la Banque, Tidjane Thiam, conserverait son poste. Cela, au regard des nombreux soutiens, et pas des moindres, qui se sont manifestés en sa faveur.

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Contre toute attente, la nouvelle est tombée peu après dans la soirée de jeudi, au terme de la réunion du conseil d'administration. Tidjane Thiam a rendu sa démission à la tête de la direction générale de Credit Suisse, poste que le Franco-Ivoirien occupait depuis juillet 2015, en remplacement de l'Américain Brady Dougan.

«Dans le cadre professionnel, il fait partie de ceux que je suis, pour des analyses qui intéressent certains milieux, pour ma propre culture», a indiqué Sylvain N'guessan, analyste politique, joint au téléphone par L'inter dans la matinée d'hier vendredi 7 février 2020. Sur la question de la démission de l'ex-ministre ivoirien du Plan et du Développement de son poste de Dg de Credit Suisse, notre analyste, par ailleurs géostratégiste, a soutenu que dans cette affaire de filatures qui a éclaté, il y a un peu plus de quatre mois dans la presse suisse, il n'y avait aucun doute que «pour l'image de la Banque, les gens l'aurait [allusion à Tidjane Thiam] fait tomber d'une manière ou d'une autre». Dans son argumentaire, il a laissé entendre que dans ces milieux où la liberté d'expression est de mise, s'il y a effectivement eu des pratiques de filatures, il est clair que les gens feront le choix de protéger leur vie privée. Mais encore, lorsque la société civile s'en mêle, la préoccupation première de la Banque, est naturellement son image qui pourrait être ternie. «Il faut rassurer ses actionnaires qui commencent à s'inquiéter. Parce qu'ils se disent que ça aurait pu être eux ou bien que demain, ça pourrait être eux», analyse notre source.

Tractations souterraines. Ainsi, ont commencé des tractations souterraines pour dissocier l'image d'un directeur général dont, dit-on, la responsabilité est engagée dans cette affaire d'espionnage. Ce qui explique qu'à la dernière minute, tout ait été chamboulé, quand bien même officiellement des personnalités comme David Herro, vice-président de Harris Associates, le plus important actionnaire de Credit Suisse (8,42%), ont pris ouvertement fait et cause pour Tidjane Thiam. «Les gens peuvent le soutenir officiellement, mais en privé, il y a des pressions qui font qu'ils n'ont pas d'autres choix que de le lâcher», apprécie Sylvain N'guessan.

Mais pour autant, l'image de l'ex-directeur général du Bureau national d'études techniques et de développement (Bnetd) n'est pas si entamée encore moins l'expérience qu'il a à revendre. Puisqu'en définitive, «il sort par la grande porte». Car, il convient de le relever, M. Thiam, après enquête interne, a été exonéré de toute responsabilité dans cette affaire. Par ailleurs, la responsabilité de la filature d'Iqbal Khan, cet ancien de Credit Suisse qui a rejoint le concurrent UBS, a été attribuée au directeur opérationnel Pierre-Olivier Bouée, ainsi qu'au chef de la sécurité de la banque, Remo Boccali qui a depuis démissionné. «Les gens brillants comme Tidjane, qui ont déjà des fortunes, ne se plaisent pas eux-mêmes à faire carrière dans un seul univers», souligne notre interlocuteur, rappelant à juste titre que Tidjane qui devrait quitter définitivement son poste de Dg de Credit Suisse le 14 février prochain, avait été démarché par la France et les États-Unis pour les institutions de Bretton Woods. Mais, qu'il avait décliné l'offre indiquant «qu'il ne comptait pas terminer sa carrière dans la banque». «Dans quel domaine d'activité compte-t-il le faire alors ? Va-t-il ouvrir son propre cabinet ? Parce qu'il a le relationnel qu'il faut pour décrocher de gros clients. Ou sinon, il peut valablement s'engager en politique. C'est d'ailleurs son droit le plus absolu», a présenté le directeur de l'Institut de stratégies.

Quelle carrière politique ? Envisager une carrière politique pour Tidjane dans son pays natal ? C'est possible de l'avis de l'analyste politique Sylvain N'guessan. Deux choses le confortent dans sa position. Premièrement, «sur la scène politique ivoirienne, il n'y a pas de modèle». Autrement, en Côte d'Ivoire, pour se faire une place sur le terrain politique, cela ne devrait pas être si compliqué, dans la mesure où il n'y a pas de barrières rigides qui indiquent qu'il faut tel profil à tel poste. «Cela n'existe pas en Côte d'Ivoire. Il y a des pays, par exemple la France, où si tu n'as pas fait l'Ena, Polytechnique, Hec, tu ne peux pas aspirer à certains postes. Ce qu'il faut en Côte d'Ivoire, c'est de mon point de vue, le carnet d'adresses», avance-t-il.

Et deuxièmement, «je pense qu'il remplit le critère du relationnel», estime M. N'guessan. Le schéma qu'il entrevoit est que ce diplômé de l’École Polytechnique de Paris pourrait faire «une bonne transition» en Côte d'Ivoire. Pour lui, l'homme, pour l'heure, n'a pas d'ancrage politique au niveau national. Mais, plutôt, ''un relationnel qui puisse lui donner toutes les garanties nécessaires pour diriger le pays sereinement''. «Tous ceux qui sont fatigués de l'actuelle classe politique pourraient voir en lui une bonne transition. Je parle de transition parce qu'il n'a pas encore une assise populaire, donc s'il est là jusqu'en 2025 par exemple», cela va permettre à la Côte d'Ivoire de bien préparer des élections plus transparentes, inclusives. Si Sylvain N'guessan a tenté à un moment donné de rapprocher cet ancien «Caïman» (appellation des élèves du lycée classique d'Abidjan) au Parti démocratique de Côte d'Ivoire (Pdci), parti susceptible de le parrainer, il a vite fait de se raviser, affirmant que «ce serait trop facile pour le Vieux [président Bédié] de lui accorder un tel privilège».

De fait, si cet ancien consultant en management pour McKinsey & Company ambitionne de briguer la magistrature suprême en Côte d'Ivoire, l'alternative qui s'offre à lui est qu'il y aille en ''candidat indépendant''. «Ça m'étonnerait qu'il soit candidat du Pdci. S'il vient et qu'il veut se lancer, il est bien parti pour être un candidat indépendant. Il a les moyens financiers et il a des soutiens pour assurer une grande campagne», a retenu notre source.

Élysée LATH


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Article rédigé par

Elysée Lath

Journaliste Reporter

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